Blade Runner 2049 – Denis Villeneuve

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Nahjkael

Affiche filmDepuis le 04 Octobre 2017 est présenté dans les salles obscures le dernier film de Denis Villeneuve : Blade Runner 2049. Le réalisateur de Prisoners, Sicario ou encore Premier Contact s’essaie donc à l’exercice peu simple d’apporter une suite, ou presque, au chef d’œuvre de Ridley Scott, sorti trente-cinq ans plus tôt.

Le résultat ? « Deux heures quarante de cauchemar métaphysique – pour ne pas dire méditatif », comme le souligne un journaliste de France Inter (et c’est réellement un résumé des plus efficaces) !

Décryptage donc de ce nouveau long métrage qui divise…

On recontextualise et on résume (spoiler alert !)

Très librement adapté d’un roman court de Philip K. Dick, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, le premier film de 1982 suivait la traque d’androïdes rebelles (nommés « Réplicants ») par un superflic désabusé, dans un Los Angeles de l’an 2019 écrasé par la pollution. Au fil du récit, Rick Deckard (joué par Harrison Ford) finissait par prendre conscience de l’inhumanité de sa mission, tomber amoureux de la réplicante Rachel et prendre la fuite avec elle.

Dans Blade Runner 2049, le monde est encore plus abîmé et surpeuplé. Les écosystèmes ont implosé, Los Angeles et ses environs agonisent et de nouvelles générations d’androïdes, plus performants et plus obéissants, sont au service des autorités. L’agent K (interprété par Ryan Gosling) en fait partie et le film nous le présente comme un « contremaître » tout autant blasé que son prédécesseur, chargé de pister et d’éliminer de vieux Réplicants toujours dans la nature. Lors d’une de ses missions, il découvre un cercueil au pied d’un arbre. Une étude révèle que la femme qui occupait la sainte boîte – une réplicante – a donné naissance à un enfant. Véritable séisme au sein des élites ! Si les robots se mettent à faire des petits comme les humains, où va le monde ? Mandaté par sa supérieure (Robin Wright), il doit retrouver la trace de cet être dont l’existence même risque de plonger le monde dans un irrémédiable chaos. Enfin tout du moins un chaos bien plus dévastateur qu’il ne l’est déjà…

Mais alors qu’en penser ?

Autant commencer par l’aspect le plus positif : l’esthétique.
Roger Deakins, directeur de la photographie tant pour les frères Coen, Sam Mendes que M. Night Shyamalan, met à nouveau son talent incontestable en jeu pour offrir un film visuellement superbe. Chaque plan est un véritable travail d’orfèvre. Que l’on soit face à un paysage, lors d’un dialogue intimiste ou au fil d’une scène banale, aucun angle de caméra, lumière ou couleur n’est laissé au hasard. La photo est fabuleuse, offrant une foule de visions hallucinées. Tout n’est que détails, conférant aux décors, costumes et coiffures une dimension fascinante.

Les puissants moyens technologiques hollywoodiens sont mis au service de visions inspirantes. A ce titre Los Angeles reste toujours une mégalopole grouillante, plongée dans une nuit éternelle, constamment balayée par la pluie ou la neige, traversée par des engins volants, quadrillée de publicités luminescentes, d’hologrammes géants, d’images sexy en 3D et autres stimuli du consumérisme flottant dans les airs. On est totalement happé par la densité de cet univers urbain, tant dans les plans extérieurs qu’au sein des décors intérieurs.

Mais cela peut-il suffire à faire de Blade Runner 2049 un chef d’œuvre de la science-fiction ?
Malheureusement pas… On ressent lors du visionnage un sentiment permanent de film qui peine à se réaliser complètement et qui reste prisonnier de sa mythologie malgré les efforts pour élargir le périmètre de l’histoire.

Le scénario fait reposer entièrement sa narration et ses morceaux de bravoure émotionnels sur le souvenir de son prédécesseur, convoqué régulièrement (pour ne pas dire « très » régulièrement) via l’intrigue mais aussi des motifs sonores, des figures du passé, voire des extraits complets de l’incontournable classique de Ridley Scott.

La durée de presque 3h du film, qui lui permet incontestablement de prendre correctement son temps, amène à quelques longueurs et à de nombreux passages bien trop contemplatifs quand un peu plus de matière scénaristique aurait été bienvenue. Surtout pour offrir comme résultat une fin quelque peu précipitée et de nombreuses sous-intrigues bien trop stagnantes…

En conclusion…

Il manque donc clairement quelque chose à Blade Runner 2049 pour devenir un film incroyable. La raison en est certainement toute simple : une histoire assez classique et un manque clair de rebondissements.

Le film aborde bien entendu des sujets de réflexion chers à K. Dick : la condition humaine, la génétique ou encore les dérives technologiques…
L’appareil culturel et théorique est plutôt impressionnant, un condensé syncrétique de multiples mythes, figures et motifs littéraires, philosophiques et picturaux.
Peut-être est-ce là que se situe l’ambivalence du long-métrage : Blade Runner 2049 n’est pas un film d’action trépidant bien que tous les ingrédients soient présents pour qu’il le devienne. Sa beauté vient d’une douce mélancolie et d’une contemplation de la solitude et du mal-être rongeant une part toujours plus conséquente de l’humanité, mais qui laisse à ce titre un sentiment d’inachevé.

L’œuvre est donc loin d’égaler la féérie, la poésie et la magnificence du film de Ridley Scott.
L’ombre de 1982 écrase clairement chaque plan de ce nouvel opus.

Il n’en reste pas moins que 2049 est une belle réussite, qui ne marquera pas autant les esprits que son prédécesseur mais qui mérite tout de même une certaine attention.
Car après tout, comme le dit le proverbe, « la beauté est aussi dans l’œil de celui qui regarde »

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Archéologue funéraire et rédacteur d'articles scientifiques. Véritable passionné des cabinets de curiosités.

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