Crimson Peak, de Guillermo del Toro

Calliopé

crimson-peak-Film sorti en 2015, avec entre autres, Mia Wasikowska, Tom Hiddleston et jessica Chastain.
Réalisé par Guillermo Del Toro

Synopsis :

Au début du siècle dernier, Edith Cushing, une jeune romancière en herbe, vit avec son père Carter Cushing à Buffalo, dans l’État de New York. La jeune femme est hantée, au sens propre, par la mort de sa mère. Elle possède le don de communiquer avec les âmes des défunts et reçoit un étrange message de l’au-delà : « Prends garde à Crimson Peak ». Une marginale dans la bonne société de la ville de par sa fâcheuse « imagination », Edith est tiraillée entre deux prétendants: son ami d’enfance et le docteur Alan McMichael
film interdit aux moins de 12 ans à sa sortie en salle.




L’avis de Calliopé :

Les fantômes existent… murmure la belle héroïne tout de blondeur et de candeur auréolée, comme descendue d’une peinture de Gustav Klint.

Et assurément, des fantômes il n’en manque pas à Crimson Peak, à commencer par l’esprit de Jane Austen qui hante tout le fil narratif du film, s’invite aux dîners mondains, fait sa débutante rougissante au bal et sa lady  gothique dans les couloirs sombres et délabrés d’un manoir anglais. Il y a comme un air de Northanger Abbey dans Halledale Hall. Mais en parfait gentleman Guillermo Del Toro convie dans sa valse diabolique toutes les dames en noir du roman gothique du XIXème siècle, d’Ann Radcliffe à Emily Brönte, en passant par Mary Shelley. Est-ce un hasard si  Edith Cushing elle-même aspire à l’écriture et se fend d’un conte avec des fantômes, pas un conte de fantômes, précise-t-elle.

Crimson Peak reprend tous les thèmes et toute l’imagerie des grands romans féminins du genre : parcours initiatique d’une jeune fille de bonne famille, confrontée à la noirceur du monde et des âmes moins bien nées, découverte de vérités sordides derrières les miroirs poussiéreux, abandonnés dans les couloirs d’un manoir éventré, perte de l’innocence, épreuves surmontées et grandeur consolidée. Malgré un début prometteur, le destin d’Edith ne tient pourtant pas ses promesses, l’initiation tourne court et la Belle a besoin d’un Gaspard salvateur pour la tirer des griffes de la Bête. Une leçon en demi-teinte où le personnage féminin peine à trouver son identité et son émancipation, toute comme l’actrice qui peine à nous détourner du miroir où se reflète encore son Alice passée.

Voilà pour les bonnes fées, ou plutôt les sorcières, qui veillent sur le scénario. Côté visuel les bons génies ne sont pas en reste : on pense immédiatement à Hitchcock  et sa Rebecca, morte encombrante, fantôme qui règne en maîtresse en son château et pousse la nouvelle épousée à la folie, tout en travellings soignés, montées angoissantes et gros plans sur la blondeur fragile de l’héroïne. Mais là où s’arrête le classicisme d’Alfred, apparaît la folie visuelle de Burton : escaliers interminables, manoir croulant et pourtant majestueux, héros déjanté, entre Edward aux mains d’argent et Mr Jack, gothique à souhait dans sa cravate noire et son teint blafard.

Visuellement le film est une débauche de dentelles surannées, de froufrous, de velours, de costumes élancés et d’envolées d’organza, d’arabesques stylisées et de couleurs flamboyantes, une pure merveille rarement égalée depuis my Fair Lady. Les décors n’ont rien à envier à l’élégance des costumes. Rarement la fin du XIXème siècle fut aussi magistrale sur grand écran, jamais la grandeur et la décadence des nobles anglais si finement traitée, dans une exquise discrétion, jusque dans la douceur de la neige tombant à flots à travers les toits éventrés du manoir, dérangeant à peine la sérénité des ancêtres enchâssés dans leur cadre doré.

Quelques petits clins d’œil aux références steampunk : de l’automate escamoteur (métaphore du héros menteur) à la machine à extraire l’argile rouge, toute fumante de vapeur, Guillermo Del Toro flirte avec le genre sans vraiment y succomber. Après Pacific Rims ou Hellboy c’est un nouveau pas de franchi, mais à quand un saut complet ?

Malgré la somptuosité de la coquille, ne nous y trompons pas, la perle annoncée est en demi-teinte. Sous un costume gothique le film reste cousu de fil (blanc) gore. Les fantômes sont illusoires, et passé les premières désillusions fantastiques, juste décoratifs. La brutalité est ailleurs. Dans l’histoire glauque et terriblement violente d’un amour interdit, justifiant toutes les horreurs. L’histoire d’une emprise psychologique qui fait basculer le film dans le registre des thrillers, où soudain les décors peinent à s’imposer quand la banalité du scénario percute nos rétines.

On pleure plus sur une fin grand guignol où coule l’hémoglobine, comme dans un film de teenagers, et un twist éventé dès les premières secondes du film, que sur les souffrances de la jeune Edith. Heureusement, la blancheur de la neige viendra recouvrir le sang qui se confond avec l’argile, et ne restera dans nos mémoires, telle la morale d’un conte gothique, que l’éblouissement des lumières du bal.

Mécaniquement vôtre,

Calliopé

lesétoilesmécaniques.com

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Des chroniques sur les univers steampunk d'un point de vue féminin et féministe, pour aborder la place de la femme dans l'imaginaire steampunk, son évolution, ses inspirations littéraires. Auteure sous son vrai nom Cendrine Nougué de la série young adult la guilde des Merlins chez Aconitum

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