Ecryme organisé : rencontre avec deux écryminels

Lord Orkan von Deck

La campagne de financement participatif du jeu Ecryme ayant parfaitement convaincu l’équipe de French Steampunk, nous avons décidé de non-seulement mettre une nouvelle fois en avant ce projet de qualité édité par Matagot afin que notre lectorat le soutienne avant la date butoir du 9 mai 2016. Mais nous souhaitions aussi donner la parole à deux ré-créateurs de talents : Alexandre Clavel et Samuel Metzener. « Récréateurs » car nous parlons là de jeux de rôle, mais aussi « re-créateurs » car leur mission fut de se réapproprier un univers co-créé par Mathieu Gaborit 22 ans plus tôt, sans le dénaturer, et en l’améliorant. Exercice bien plus complexe que de créer ex-nihilo son propre univers avec ses propres règles. Alors, nous nous sommes demandé ce que ce reboot retenait du jeu d’origine ; nous nous sommes questionnés sur la manière dont on peut donner une seconde vie à une œuvre. Les deux compères avaient déjà répondu aux questions du GROG concernant le jeu en lui même, mais il nous a semblé pertinent de s’intéresser aussi à la dimension steampunk d’Ecryme, et à sa place dans l’histoire du steampunk français.

Ecryme - EoleEcryme - Itinerance

L’Ecryme etait parfait

La première chose que l’on remarque lorsqu’on jette un oeil à l’histoire du jeu, c’est son aspect novateur. A l’époque ou personne en France ne savait encore ce qu’était le steampunk apparaissait un univers qui y correspondait parfaitement. « 22 ans après, Ecryme revient. C’était alors une des premières œuvres steampunk française, d’ailleurs pas véritablement étiquetée telle quelle. A l’époque, le Steampunk n’avait pas la même presse qu’aujourd’hui… On lit d’ailleurs parfois que le « steampunk à la française » a débuté avec Confessions d’un automate mangeur d’opium d’un certain Fabrice Colin et… Mathieu Gaborit ; un ouvrage paru après Ecryme. »

ECR_Cité_vert_02Pour Samuel et Alexandre, Ecryme a été à l’époque une véritable innovation du jeu mais aussi du steampunk.  » On retrouve souvent des univers où la vapeur et les machines démentes permettent de faire de la fantasy, remplaçant la magie (ou parfois s’y opposant) mais quasiment toujours en lien avec elle. De même, on obtient alors des univers avec des elfes, des nains, de la magie avec des ambiances pulp héroïque avec des steamflingue, des zombis mécaniques… Là, on est plus dans des univers déliquescent, fait de crasses et de survie. En ce sens, on suit un peu la mouvance du moment en fantasy qui s’éloigne d’un Seigneur des anneaux « propret » pour lorgner vers un Trône de fer ou les cycles de Robin Hobb. De même, on quitte un peu la période victorienne pour parler plus de révoltes ouvrières, d’odeur d’absinthe mêlée au charbon, de Zola et de Hugo plutôt que de Verne. » .

Bref, les moins de 22 ans ne peuvent pas connaître (pour le moment) la joie qu’on eu les rôlistes des années 90 de feuilleter cette gamme créée par Guillaume Vincent et Mathieu Gaborit. Au XXIème siècle, la nouvelle équipe a tout naturellement voulu raviver cet univers tombé depuis trop longtemps dans l’oubli. Nous avions un univers génial, très visuel. Nous aimions également ce côté « anticipation ». Par exemple, avec les prêtres de Malachine, les ouvriers viennent prier sur leur lieu de travail. Ce dernier devient leur ultime repère sorte de joli parallèle avec notre société de consommation. Il était donc criminel de ne pas lui redonner une seconde vie à cet univers et à ce jeu. Bien sûr, nous n’avons pas fait que le reprendre nous avons travaillé dessus pour nous le réapproprier et souligner son côté ludique. Nous avons travaillé sur ses forces (selon notre jugement) déjà cité précédemment : univers visuel, aspect anticipation, sa poésie, ses luttes internes…

Cependant, on ne peut éternellement psalmodier « c’était mieux avant ». D’autant plus que le jeu d’origine connaissait objectivement ses limites. Et c’était justement une raison de plus pour s’attaquer à ce gros morceau de vapeur : « La première édition n’a connu qu’un succès d’estime pour plusieurs raisons : pas d’angle de jeu, sortie un peu avant l’affaire Dumas, système peu adapté, secrets (voire écryme) trop absents. Nous sommes donc repartis sur toutes les sources d’inspirations revendiquées comme Les Cités obscures, Le Pont dans la vase, Thanéros… et nous avons rajouté les notre : Clive Barker, China Mieville, Mage l’ascension, Changelin le songe… Notre démarche ne s’est toutefois pas limitée à réapprovisionner Ecryme de la plus-value créative de ces dernières années. Il fallait travailler sur le gameplay, viré ce qui aurait compliqué le jeu… bref, reprendre l’ensemble du texte comme un véritable travail éditorial comme s’il avait s’agit d’un nouveau jeu. »


 

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Vous savez bien ce que l’on dit : l’Ecryme paye

On l’aura remarqué, ces dernières années ont vu émerger le financement participatif sur internet. Le jeu de rôle y est d’ailleurs très présent. Certains ne peuvent faire autrement pour permettre à leurs projets d’émerger, d’autres y voient une difficulté de plus dans le chemin de l’édition afin de permettre la production du contenu le plus qualitatif possible. « le CF n’a pas que des avantages : c’est un travail à plein temps et les auteurs se prennent toutes les remarques en direct, parfois les mesquineries des personnes soutenant le projet concurrent… En amont, c’est énormément de travail. Les auteurs ne doivent plus écrire qu’un livre de base puis attendre, on attend d’eux qu’ils produisent des options, des bonus… et qu’ils l’aient fait avant de lancer le projet. Sur le font, on s’éloigne donc en partie du mécénat pur. Dans notre cas, cela représente plus de cinq ans de travail pour le projet, cinq années de playtests, d’aller-retour sur le texte… décrites dans le PDF offert aux souscripteurs (Secret de fabrication traversière). Mais ne boudons pas notre plaisir : au-delà de la réussite financière, la souscription sur ce projet fait du « buzz », fait parler de lui et en bien, génère une communauté que nous nous emploierons à ne pas perdre.« 

Dés son lancement le 21 mars 2016, le projet Ecryme a suscité un véritable intérêt chez les rôlistes, pourtant énormément sollicités par les crowdfundings à cette même période. Le succès est désormais évident (désormais 70 000€ récoltés), mais il n’était pas gagné d’avance. « Le financement participatif a démarré au quart de tour, conduisant à un taux de réussite dépassant totalement nos espoirs initiaux. Nous étions convaincu de la qualité de notre produit mais pas forcément de l’accueil de la communauté des joueurs de jdr (souvent enclin à demander de la nouveauté mais appréciant également l’héroic fantasy plus classique afin de ne pas trop sortir de sa zone de confort). L’autre pari risqué que nous ayons fait est de proposer l’ensemble du matériel de jeu (les toiles, les pdf et les photos n’en faisant pas parti) à disposition des boutiques sans avoir recours à l’exclusivité. Pour entrer dans l’arrière-boutique et parler gros sous, ne le cachons pas, ce choix de non exclusivité diminue en partie le nombre de souscripteurs qui préfèrent parfois attendre et payer plus cher. Ainsi, ceux allergiques au CF ne rateront rien… mais paieront un peu plus pour avoir les mêmes contreparties. En effet, pour compenser ce manque à gagner, nous cherchons à être le plus « agressif » possible sur le prix. La souscription comme mode de financement permet de calculer au mieux notre budget et de limiter les risques de chacune de nos améliorations (ce qui explique la présence d’autant de paliers). L’autre avantage est d’améliorer encore et toujours le produit pour inciter à souscrire ou à l’acheter en boutique. »

Icarien finalLoge finalMalachine finalMetropolite finalNoble marchande finalSeigneur traversier finalAvocate duelliste final


L’Ecryme en serie

Carnet_decouverteVous pouvez d’ores et déjà télécharger le livret de découverte du jeu pour vous faire une idée de la qualité de la gamme, de l’univers, des règles et des illustrations. Nous conseillons aux joueurs de prendre leur mal en patience et de ne pas succomber à la curiosité. Quant aux potentiels maîtres de jeux, qu’ils foncent !


Pour aller plus loin dans l’histoire de la re-création du jeu, vous pouvez consultez les articles d’Alexandre et Samuel sur leur blog :

Ecryme le jeu de rôle – présentation from MATAGOT on Vimeo.

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Lord Orkan von Deck

Rédacteur en chef chez French Steampunk
Rôliste passionné de romans, BD, séries tv et de bonnes bouteilles. Je trouve refuge sur ce site web. "Pour l'Empire et pour le spleen."

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