Interview de Johan Héliot autour de la Trilogie de la Lune

Arthur Morgan

Nous avons la chance aujourd’hui d’accueillir Johan Héliot pour une interview autour de la sortie de La Trilogie de la Lune aux éditions Mnemos.

– Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
40 ans, ex prof d’histoire et de lettres, auteur d’une petite quarantaine de romans, adulte et jeunesse, SF, fantasy et polar, seul ou en collaboration avec Xavier Mauméjean, et ce depuis un peu plus de dix ans.

– Comment est née cette trilogie ? Pourriez-vous nous en expliquer sa genèse ?
Au départ, l’opportunité offerte par Mnémos de tenter l’aventure du roman, après que j’avais passé une dizaine d’années à écrire seulement des nouvelles. Cela a donné « La Lune seule le sait », qui a vite rencontré un succès auquel je ne m’attendais pas. Ce qui m’a incité à revenir à cet univers, à deux reprises, mais sous des angles différents, et à d’autres époques, pour finalement constituer cette trilogie. Mais je n’ai jamais programmé ce projet pour qu’il s’équilibre de la sorte, cela s’est fait, tout simplement.

– Pourquoi un roman steampunk ? De surcroit pourquoi avoir placé l’action en France ?
Je tiens à préciser, comme le rappelle Etienne dans sa préface, que j’ignorais l’existence du terme steampunk au moment d’écrire mon premier roman ! En revanche, j’avais lu quelques textes appartenant à cette catégorie et j’avais été frappé par le fait que tous, même ceux écrits par des auteurs français, se déroulaient à Londres, à l’ère victorienne. Alors que nous disposions d’un matériau historique et fictionnel d’exception (cocorico !)… Bref, je me suis amusé à pasticher ces récits en utilisant notre propre imaginaire – Jules Verne, Maurice Leblanc, Victor Hugo… – et notre patrimoine – Napoléon III, la Tour Eiffel…

– Comment expliquez-vous que le patrimoine français est si peu utilisé dans la littérature de l imaginaire ?
Pas assez de distance pour créer le « sense of wonder » ? Une vision trop empesée de notre passé, par la faute d’une transmission classique parfois rébarbative (à l’école, dans certaines productions télé) ? Une exclusivité des auteurs de roman historique ? Un manque d’audace ? En fait, un peu tout ça, et pas mal d’autres choses encore…

– Qu’est-ce qui vous intéresse dans le mouvement steampunk ?
Honnêtement, je ne m’y intéresse pas plus que ça ! La preuve, je n’ai écrit que deux ou trois romans pouvant s’y rattacher. Cela dit, j’aime bien l’esthétique – je sais, ce n’est pas original, mais bon…

– Le steampunk français date d’il y a 10-15 ans. Comment expliquer une explosion si tardive ? Pensez vous que les auteurs francophones étaient trop en avance ?
Je trouve plutôt qu’ils étaient en retard sur leurs homologues anglo-saxons… Et sinon, en avance sur quoi ? De plus, je ne trouve pas qu’il y ait eu de véritable explosion. Après tout, les romans ne sont pas si nombreux, les films inexistants, les bédés pas très répandues non plus (je parle des créations francophones, bien sûr). Une explosion, cela impliquerait un engouement du grand public. On en est loin !

– Existe-t-il, d’après-vous, un mouvement littéraire steampunk ou est-ce juste un exercice de style pour les auteurs de SF ?
Deuxième partie de la question, pour la réponse. La meilleure preuve : chaque auteur qui y a tâté ne l’a fait qu’à titre d’exception dans son parcours…

– Quel regard portez-vous, aujourd’hui, sur cette trilogie dont certains textes datent d’il y a plus de 12 ans ?
Seul le premier roman a environ douze ans, les autres sont plus récents. Mon style était alors moins efficace, plus « expansif ». Mais je n’ai pas relu ce roman depuis longtemps…

– Quelles modifications ont été apportées à cette édition ?
Les deux premiers romans figurent dans leur version révisée au moment de leur parution en poche, chez Folio SF. Le troisième a été révisé par Charlotte Volper et mes soins. Un travail tout particulier a été effectué sur la présentation, la typo, etc.

– La première édition de La Lune Seule le sait (Editions mnemos – 2000) comporte une postface sur la réalité historique du récit (comme de nombreux ouvrages du mouvement steampunk). Pensez-vous cela nécessaire de permettre au lecteur de discerner l’Histoire de la fiction ? La Science Fiction est elle une porte d’entrée pour comprendre l’Histoire ?
Nécessaire, oui, mais pas indispensable. Et oui, la SF peut être une entrée pour aborder, de façon ludique, par le jeu de l’uchronie, la complexité des mouvements historiques, Mais l’inverse est encore plus vrai, j’ai eu maintes occasions de le vérifier en discutant avec des lecteurs : nombre d’entre eux, passionnés d’histoire, sont venus à la SF par le biais de l’uchronie !

– Il y a un vrai souffle social à votre trilogie, pensez-vous qu’effectivement la prise de conscience sociale et politique a sa place dans la littérature de l’imaginaire ? Particulièrement aujourd’hui ?
Bien sûr qu’elle a sa place ! D’ailleurs, la dimension sociale (et sociétale) est une constituante essentielle des récits de SF. La politique y est intimement liée. Aujourd’hui comme hier, chaque époque a vu ses auteurs de SF parler avant tout de la situation sociale et politique qu’il connaissait, à commencer par Wells dans sa « Guerre des Mondes »…

– La SF, une littérature de gauche ?
Pas par nature, mais peut-être parce qu’elle réfléchit aux implications pour nos sociétés des grands bouleversements qui agitent le siècle, et se trouve à ce titre « anti-réactionnaire » car elle regarde devant elle…

– Cette trilogie a-t-elle une autre portée que le simple Entertainment ?
Ce serait prétentieux de ma part de le prétendre… Mais je peux l’espérer !

– Vous êtes un écrivain très prolifique, comment trouvez-vous l’inspiration ?
En gardant les yeux ouverts sur le monde qui m’entoure.

– De quel ouvrage êtes-vous le plus fier ?
Question piège ! Franchement, je n’ai pas de réponse…

Interview réalisé par Arthur Morgan, pour French SteamPunk


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Arthur Morgan

Auteur chez Editions Actusf
Ancien rédacteur en chef de FSP Co-auteur du guide steampunk (éditions ActuSF) et de Mémoires de la France Steampunk (éditions Mnémos)

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