Interview de Scott Westerfeld, dans l’ombre de Leviathan

Arthur Morgan

Nous avons la chance d’avoir pu recueillir les propos de Scott Westerfeld, l’auteur de Leviathan, il y a quelques jours. A la sortie du tome 2, Behemoth, en anglais, revenons avec lui sur le début de l’aventure.

French Steampunk (FS) : Cher Scott, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Scott Westerfeld (SW) : Je suis plutôt connu pour être l’auteur de la série Uglies. J’ai également signé la série Midnighters et l’I.A. et son Double.

FS : Pourquoi avoir choisi d’écrire un roman steampunk ? Vous avez choisi une autre époque que l’ère victorienne (emblématique du mouvement steam),  pourquoi la Première Guerre Mondiale ?

SW : J’ai toujours aimé Darwin. Je me suis dit qu’il ferait un héros scientifique du plus bel effet dans un univers uchronique. Le titre de son célèbre livre, L’Origine Des Espèces, m’a toujours fait pensé à  manuel de bricolage biologique. Les victoriens adoraient la biologie, ils remplissaient leurs cabinets aux curiosités de coquillages et d’insectes épinglés. Un monde, une culture façonnée par une sorte d’ingénierie biologique victorienne me semblait être un endroit formidable à visiter !

Bien sûr, pas facile de marier cette ingénierie biologique avec n’importe quelle autre culture, déjà que beaucoup de gens dénigrent la théorie de l’évolution. J’ai donc pensé à la 1ère Guerre Mondiale. Je me suis dit que je pourrais utiliser cette guerre comme toile de fond et que l’affrontement entre le métal et la chair ferait une parfaite analogie. Les Clankers sont donc un mélange entre cette idée d’anti-théorie de l’évolution et les machines de ce premier conflit mondial.

FS : Quelle marge de manoeuvre vous êtes vous laissé entre l’écriture du roman et ses suites ? A quel moment avez-vous décidé de sa fin ?

SW : Je ne planifie pas vraiment mes romans. Ce qui s’y passe est donc un peu une surprise pour moi. Je pense que si je connaissais la fin, je m’y ennuierai immanquablement et serai incapable d’en terminer l’écriture.

Leviathan T2. Behemoth - Scott Westerfeld

FS : Votre ouvrage contient de superbes illustrations, comment s’est passé la collaboration avec Keith Thompson ?

SW : La trilogie Leviathan est largement inspirée de « Boys Own Adventures« , une collection de livre d’aventures du début du siècle dernier que j’ai découvert à la bibliothèque étant enfant et dont les principaux ingrédients étaient : des combats rocambolesques à l’épée, des dirigeables et de magnifiques illustrations.
Quand j’ai commencé l’écriture de ma série, j’ai pensé que les deux premiers ingrédients seuls suffiraient à retranscrire la magie de ses vieux bouquins. Mais au bout de 60 pages, j’ai compris que Leviathan pourrait tout à fait ressembler à un roman d’aventure des années 1910, s’il y avait des illustrations.
A partir de ce moment, j’ai passé un bon bout de temps (environ 1 an) à chercher le bon illustrateur et je suis enfin tombé sur le travail de Keith Thompson qui avait développé un style un peu « Manga Edwardien » inspiré du Punch Magazine de 1914.

L’un dans l’autre, nous avons eu jusqu’à 50 illustrations pour le premier volume. Nous collaborions de façon très rapprochée. Je lui envoyais les textes par chapitre à mesure que je les écrivais et il me renvoyait ses croquis. Il m’est arrivé de nombreuses fois de changer le texte pour qu’il corresponde au mieux à ses croquis. Il est arrivé qu’il y ait plusieurs échanges avant que nous puissions poser l’histoire à la croisée de mon texte et de ses illustrations. Et bien sûr, quand il dessinait quelque-chose de vraiment cool, le sujet de l’illustration avait tendance à apparaitre un peu plus loin dans le récit que je l’eus planifié ou non !

FS : Pourquoi avez-vous ajouté une postface à Leviathan ?

SW : Quand je regarde un film ou lit un livre basé sur une histoire vraie ou un fait historique, j’ai toujours envie de connaître la part de vérité et la part de fiction. Je me suis donc dit que ce serait sympa d’apporter ce type d’information à mon roman. Je voulais aussi montrer que beaucoup des éléments un peu bizarres de mon roman n’étaient pas de mon invention, mais des faits réels.

Les univers uchroniques ajoutent un jeu littéraire pour le lecteur, le jeu du « jusqu’où va la fiction, où commencent les faits réels ? ». Personne ne se rappelle sur le bout des doigts ses cours d’histoire. C’est donc amusant de se demander au cours du récit si l’auteur suit l’Histoire ou si l’uchronie a pris le dessus. Mon travail d’auteur est d’apporter des réponses surprenantes en exhumant le plus curieux bout de fait réel et de la placer à coté de faits de mon invention.

Leviathan Scott WesterfieldFS : Genre protéiforme s’il en est, qu’est-ce que le steampunk pour vous ? Et pourquoi, d’après-vous, y a-t-il en ce moment une profusion de roman steampunk pour jeunes adultes ?

WS : Le steampunk, c’est le romantisme de l’aventurier solitaire qui voyage sur Mars, opposé aux programmes gouvernementaux qui visent tant bien que mal à placer des satellites sur orbite. C’est la nostalgie d’une technologie à taille humaine, plutôt que des réseaux immatériels qui s’étendent sur toute la planète. C’est aussi l’amour de s’habiller de manière fantaisiste et de se comporter en gentleman dans une époque où il n’y a, en général, plus de manières et où les gens s’habillent en pyjamas et claquettes pour aller au supermarché. Ce sont les savants fous plutôt que la science appliquée.
Il faut comprendre que le steampunk c’est un joyeux bazar un peu puéril. Un collage un peu bringuebalant de références historiques, culturels et d’éléments technologiques
Un steamer préfèrera emmener un lance-flamme à une partie de campagne plutôt que de vérifier si les tasses de thé sont historiquement exactes. Je pense que les adolescents apprécient cet état d’esprit.

FS : Quel est le programme pour l’après trilogie ?

WS : Je ne sais pas ce que je ferai ensuite. La trilogie Leviathan c’est un double travail à plein temps : écrivain et directeur artistique ! Je pense que la première chose que je ferai c’est de prendre une année sabbatique.

FS : Un petit mot pour vos fans français ?

WS : Je voudrais remercier les lecteurs français de leur soutien. C’est vraiment génial de savoir que de l’autre côté de l’Atlantique des gens parlent d’Uglies, de Midnigthers et de Leviathan, ajoutant ainsi leurs pierres à l’édifice de ses séries et rendant petit à petit ses univers encore plus intéressant.

Scott Westerfeld sera en dédicace en France aux Utopiales de Nantes et à Paris le 16 Novembre (lieu à confirmer)

Site web de Scott Westerfeld
Site web de Keith Thompson


Questions : Arthur Morgan et Professeur Etienne
Traduction : Arthur Morgan

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Arthur Morgan

Auteur chez Editions Actusf
Ancien rédacteur en chef de FSP Co-auteur du guide steampunk (éditions ActuSF) et de Mémoires de la France Steampunk (éditions Mnémos)

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