Jules Verne : voyage au centre du musical

Categories:Actualités, Spectacles
Calliopé

Créateur contre créature
Lequel des deux a peur
que l’autre ne soit que littérature…


Si le parti pris de l’intrigue, confronter l’auteur à ses personnages de papier, n’a rien de bien original en soi, le procédé ne s’est que rarement, voire jamais, présenté pour le père fondateur de toute SF et fantasy, notre bien-aimé Jules Verne. Et d’autant plus concernant un Jules Verne adolescent, refusant tel Peter Pan de se soumettre au monde des adultes. Un enfant qui veut devenir grand sans renoncer à son imaginaire et à ses récits (on passera sur la bizarrerie d’une oeuvre déjà complète à 13 ans) et qui va se retrouver dépassé par sa création, tel un Frankenstein visionnaire.

Voilà donc notre Jules enlevé par un capitaine Némo vindicatif, en quête de happy end et bien décidé à se faire écrire la fin qu’il mérite.  » C’est le capitaine Némo/qui vit aux fond des eaux/loin des hommes et de la terre/à vingt mille lieux sous les mers » chante ce fantôme de l’opéra steampunk pour émouvoir son auteur. Mais hélas on n’écrit pas sous la contrainte et l’histoire va prendre une toute autre tournure…

Accompagnés d’un Michel Strogoff à vélo supersonique, d’un Phileas Fogg et d’un Ardan comparant les mérites de leur engins (à vapeur ou à explosion selon qu’il s’agit d’un aéronef ou d’une fusée), le frère et la sœur de Jules, témoins de son enlèvement, vont parcourir le ciel et la terre pour le retrouver. Voyage en ballon, au centre de la Terre ou au milieu des étoiles… avec même un petit détour à Nolam… le pays des contes de fées.

Passée la surprise (et l’entracte pour m’en remettre), voir Blanche Neige, Cendrillon et la Belle au Bois dormant en robes acidulées au milieu des rouages du Nautilus fonctionne plutôt bien. Et on se dit pourquoi pas au fond? Bon, c’est un peu comme balancer les héroïnes de Sex in the City dans un western de John Wayne, mais ça à l’avantage d’ajouter un note déjantée et drôle qui pose la cerise sur le gâteau du musical qui s’endormait un peu. Dans la même veine, mention spéciale à la femelle dinosaure Dina et ses fées vertes dans leur numéro de cabaret sous terre ( et oui en bonne steameuse je ne peux m’empêcher de faire un lien entre ces danseuses en costumes à paillettes vertes et une certaine fée.. mais je m’égare, revenons à nos bergères, enfin nos princesses).

Et là au milieu du musical une interrogation m’assaille: y-a-t-il donc si peu d’héroïnes chez Jules qu’il faille recourir aux princesses de contes de fées pour pimenter les aventures de ces géniaux inventeurs et autres découvreurs de mondes perdus? Le dernier continent à explorer serait-il la femme? Je vais de ce pas me replonger dans mon p’tit Jules illustré. Oh mais je m’égare à nouveau… ceci sera une autre chronique.

Au final le voyage est agréable, plus proche du conte qui mélange allègrement les genres que d’une fiction fidèle à l’univers de Verne. Émotions, morale, surprises, effets visuels et décors un brin steam, servis par des compositions musicales impeccables, tous les ingrédients d’un bon musical pour enfants sont réunis. Si j’ai pu être déstabilisée par les marionnettes dont dépassent les têtes des acteurs, obligeant mon cerveau adulte à visionner en Dolby-stéréo les émotions de ces personnages bicéphales, et à regretter que les rôles ne soient pas simplement donnés à de vrais ados, cela ne semble pas gêner les bambins qui applaudissent et en redemandent.

Une approche ludique et un brin barrée de l’univers de Jules Verne, mais après tout, cela laisse à nos enfants tout le plaisir d’approfondir par la lecture!

Mécaniquement vôtre,

Calliopé


Le Voyage extraordinaire de Jules Verne, actuellement au Théatre Mogador -Paris- , jusqu’au 30 janvier 2016.
Pour d’infos sur notre Agenda !



The following two tabs change content below.
Des chroniques sur les univers steampunk d'un point de vue féminin et féministe, pour aborder la place de la femme dans l'imaginaire steampunk, son évolution, ses inspirations littéraires. Auteure sous son vrai nom Cendrine Nougué de la série young adult la guilde des Merlins chez Aconitum

Commenter sur Facebook