Le Baron Noir -1864- Olivier GECHTER-

Delphine Barthe

 RÉSUMÉ :

L’ombre du maître-espion ♦ Bel Ange ♦  La Bataille de Cherbourg

Paris, 1864, la France domine l’Europe, le progrès semble sans limites. Portés par la puissance de la vapeur, la capitale et le pays tout entier se sont développés. Dans cette France dirigée par le président Bonaparte, Antoine Lefort est un jeune magnat influent de l’industrie florissante. Il est aussi le mystérieux Baron noir, justicier et protecteur de la nation.  

Dans la nuit rôde un héros en armure…

Accompagné du dévoué Albert, de son ami ingénieur Clément Ader et de l’inventeur fou  Louis-Guillaume Perreaux, Antoine Lefort devra déjouer de nombreuses machinations qui se trament dans l’ombre s’il veut empêcher la destruction de son pays et de tout ce en quoi il croit. Anarchistes, maître-espion et tueuse féline au fouet d’acier, tous œuvrent à l’anéantissement du héros en armure.

Editions Mnémos – avril 2017

AVIS :

Petite genèse en guise d’introduction

Le Baron Noir – 1864 est un recueil qui rassemble deux novellas déjà parues et un récit inédit des aventures du Baron Noir. Initialement publiées aux éditions Céléphaïs, respectivement en 2013 et 2014, c’est au tour des Editions MNÉMOS de reprendre les aventures de ce super-héros steampunk à la française agrémenté d’une nouvelle histoire plus longue que les précédentes. Si en effet la première aventure « L’ombre du maître espion » se développe timidement en 68 pages, la suite « Bel Ange » s’installe en 98 pages et « La bataille de Cherbourg », texte inédit, trouve définitivement son rythme en 175 pages. En développant de plus en plus les épisodes consacrés à son super-héros français, Olivier Gechter lui donne une réelle épaisseur, tant au niveau du récit que du personnage lui-même. 

Un super-héros steampunk français

Antoine Lefort en endossant le costume du Baron Noir fait forcément penser aux super-héros de DC et Marvel, à deux d’entre eux plus particulièrement. Loin de faire un simple copié/collé Olivier Gechter rend un hommage appuyé à Iron Man et à Batman. Son protagoniste, Antoine Lefort, a presque la même histoire que Tony Stark : il se trouve en effet à la tête d’une société florissante léguée par son défunt père, dans laquelle la recherche technologique est centrale.

Comme son alter ego américain il n’a pas de supers pouvoirs mais une armure qui lui confère une force hors du commun. Ici point de Titane et d’or mais cotte de maille, jambes et marteaux pneumatiques, pantographes amplificateurs, propulseurs complètent le costume du héros masqué. Et tout comme celui d’Iron Man et de son réacteur Ark inséré dans sa poitrine, son armure possède une autonomie toute relative, ce qui lui vaudra bien des désagréments.

Le côté Bruce Wayne d’Antoine Lefort il faut plutôt le chercher du côté des entraînements intensifs : le chausson et la lutte parisienne n’ont pas de secret pour lui. Ajoutez à cela qu’il est secondé par un majordome du nom d’Albert  (vous voyez le lien bien sûr !) et qu’il devra affronter une voleuse/cambrioleuse à la combinaison de cuir ajusté, au fouet et aux postures félines. Olivier Gechter s’empare totalement des mythes pour en créer un de toutes pièces qui devient tout à fait crédible dans la France uchronique décrite.

Un steampunk uchronique

Qu’est-ce qui nous permet de dire que nous sommes face à une uchronie. Remettons-nous en à ce qui la caractérise soit  « son point de divergence, qu’il soit explicite ou non, et la réécriture de l’histoire qui en découle » ( in Le Guide de l’Uchronie  Kaine Gobled et Bertrand Campeis, Actusf, 2014). Dans sa postface Olivier Gechter l’explique lui-même au lecteur :

Je décidais alors de supprimer Napoléon 1er, mort en pleine gloire à la fin de la bataille d’Austerlitz. L’Empire au sommet de sa puissance n’aurait pas ouvert les bras à Louis XVIII pas plus qu’il n’aurait pu se maintenir très longtemps sans empereur. Peut-être Talleyrand et Foucher se seraient-ils arrangés pour rétablir le Directoire et jeter les bases de la Seconde République avant l’heure. De là, une culture républicaine suffisamment ancrée dans les mœurs pour que Napoléon III devienne le président Louis Napoléon Bonaparte, après son coup d’état parlementaire de 1851. De là aussi une stimulation scientifique accrue, car laissant l’opportunité à l’astronome François Arago de diriger le pays plus tôt et surtout plus longtemps.

À la fin de chaque aventure il nous offre des notes historiques uchroniques auxquelles se mélangent des notes réelles, qui explicitent non seulement le contexte mais qui donnent également plus d’éléments sur les personnages, monuments ou encore rues célèbres qui émaillent le récit. A vous de démêler le vrai du faux.

Le recours à des visages, des lieux et des inventions connus.

Le Baron Noir autorise Olivier Gechter à  jouer avec des personnalités ayant existé. L’auteur ne s’en sert pas juste de garantie morale du type : « Regardez, j’ai mis des gens qui vivaient à cette époque, le contrat est rempli ». Non dans le récit il y a une vrai scénarisation des personnages comme le colonel Niel, la comédienne Julie Leboeuf, Victor Hugo. Ils ne sont pas des prétextes mais apportent une épaisseur de plus à ce récit d’aventures. Qu’Antoine Lefort emploie pour le seconder le jeune ingénieur toulousain Clément Ader ou encore Louis-Guillaume Perreaux permet d’ajouter une caution scientifique à l’histoire.

Dans ce roman le fardier de Cugnot n’est pas resté à l’état de prototype et fait partie intégrante des nouveaux moyens de locomotions. Le lecteur se retrouve plongé au milieu de personnalités hautes en couleur dans une France qu’il pourrait toucher du doigt tellement elle décrite de façon très efficace.

Enfin un steampunk qui n’est pas de façade.

Le problème de cette esthétique, c’est qu’il suffit de coller deux calèches à vapeur dans un récit pour que celui-ci soit immédiatement estampillé « steampunk ». Mais à la lecture du Baron Noir d’Olivier Gechter, quel bonheur de trouver enfin un univers cohérent dans lequel le steampunk n’est pas juste un décorum que l’on pourrait remplacer par une toute autre esthétique sans que cela ne perturbe le roman. Non, ici, le steampunk tient une place royale : il se découvre dans les façades des bâtiments, autant que dans les machines inventées par nos ingénieurs.

L’armure d’Antoine Lefort est améliorée sans cesse, et ce avec une telle précision dans les mécanismes qu’on aurait envie d’y croire. Les rues même transpirent cette ambiance de vapeur et de progrès technologiques. Et que dire des armes, des aérostats et des submersibles dignes des plus grands récits d’aventure. Ajoutez-y des méchants à la hauteur de l’histoire, un zeste de magie et beaucoup de mécanismes et vous voilà avec entre les mains, du steampunk à la hauteur de ses ambitions  !!!

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Chroniqueuse radiophonique, membre d’un festival BD, je fonctionne à la curiosité et à l’éclectisme. Vaporiste uniquement littéraire faute de savoir coudre un bouton, je compte partager avec vous mes découvertes, qu’elles soient peu ou prou steampunk !

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