L’expédition H.G. Wells – Polly Shulman

Delphine Barthe

RÉSUMÉ :

Jouez avec le temps, si vous l’osez ! Alors qu’il travaille dans sa chambre à un exposé sur les robots, Léo voit surgir une sorte de scooter miniature, piloté par une jeune fille dont il tombe aussitôt amoureux… et, sur la place du passager, une minuscule réplique de lui-même ! Obsédé par cette étrange vision, Léo suit les conseils de sa prof de sciences et se rend au Dépôt d’Objets Empruntables de la Ville de New York, extraordinaire bibliothèque n’accueillant que des objets qui ont un jour marqué l’Histoire ou la littérature. Là, il fait la connaissance de Jaya, assistante-magasinière, qui ressemble trait pour trait à la fille de sa vision. Elle lui arrange un rendez-vous avec le directeur de l’établissement, le Dr Rust, qui, impressionné par les talents de réparateur du jeune homme, l’engage. Et bientôt, Léo découvre le Legs Wells : un département du Dépôt où sont entreposés les objets ayant un lien avec la bibliographie de l’un des pères de la science-fiction, l’auteur de L’homme invisible et de La guerre des mondes : Herbert George Wells ! L’auteur, aussi, de La machine à explorer le temps, que Léo ne tarde pas à débusquer. La fameuse machine ne fonctionne pas, mais elle donne une idée au garçon : et si l’engin de sa vision était un modèle réduit, un prototype construit par le personnage du roman ? Dès lors, il s’escrime à remettre la machine en état. Quand il y parvient enfin, il décide d’emmener Jaya à Londres, en 1895, pour rencontrer le personnage du roman ! Hélas, à cause d’un certain Simon, amoureux transi de la jeune fille, ils vont se perdre dans les couloirs du temps…


AVIS :

Une porte d’entrée vers le steampunk

L’expédition H.G. Wells est clairement destinée au public adolescent. Ce roman de science-fiction propose un savant mélange de « Warehouse 13 », la série de Syfy et de  La machine à explorer le temps  de H.G. Wells. En guise d’entrepôt le lecteur découvre ici une bibliothèque aux « Collections Spéciales ». Elle possède en effet des salles remplies des inventions littéraires les plus extraordinaires : le Nautilus de Jules Verne côtoie par exemple le télélectroscope de Mark Twain. Quant à la machine à explorer le temps  elle est non seulement présente physiquement mais également sous la forme d’extraits du roman lui-même. Ce récit constitue une bonne introduction à l’univers Steampunk avec l’évocation de la littérature populaire de la seconde moitié du XIXème siècle et de celui dont les récits imprégneront les romans steampunk à venir, Jules Verne :

« Nous avons aussi un ballon à hydrogène qui provient du premier roman de Jules Verne, ajouta le docteur Rust. Et son canon spatial Columbiad, dont il est question dans son livre intitulé De la Terre à la Lune, sans oublier l’Albatros, la machine volante de Robur-le-Coquérant. Cet engin fait un vacarme !… Et, bien sûr, tu as vu la maison à vapeur. J’ai toujours eu un faible pour l’éléphant. »

A côté de la littérature le lecteur rencontrera au fil du récit Nikola Tesla autre icone de la culture Steampunk. En clair nous sommes totalement dans le cadre d’ « une littérature qui exprimait une époque ayant foi en la science, en l’industrie, […] et valorisait les figures scientifiques […] » ( p. 18 in Steampunk !, Etienne Barillier, Les moutons électriques, 2010).

Polly Shulman se sert donc du matériau littéraire comme scientifique de la fin du XIXème siècle pour créer somme toute un univers cohérent. L’expédition H.G. Wells s’avère parfait pour initier de jeunes lecteurs aux sources d’inspirations vaporistes. Ils pourront sans peine s’identifier aux deux héros et embarquer avec eux dans cette aventure palpitante.

A noter que Polly Shulman crée ici un second opus, avec le « Dépôt des Objets Empruntables » de la ville de New York comme figure centrale, le premier étant tourné vers les Contes de Grimm et le troisième s’intéressant plus particulièrement à Edgar Allan Poe, mais chaque tome peut se lire indépendamment des autres.

Une mention spéciale pour la couverture de l’édition française imaginée par Kristjana S. Williams, artiste islandaise qui crée des designs flamboyants en combinant l’esthétique de la gravure victorienne et l’illustration contemporaine.


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Chroniqueuse radiophonique, membre d’un festival BD, je fonctionne à la curiosité et à l’éclectisme. Vaporiste uniquement littéraire faute de savoir coudre un bouton, je compte partager avec vous mes découvertes, qu’elles soient peu ou prou steampunk !

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