La parole aux vaporistes #2 : « Steamsonnalité » ou personnalité ?

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Miss Chatterton

Au sein du mouvement Steampunk, un vaporiste se crée une personnalité. Cette personnalité souvent fictive est appelée « steamsonnalité » ou « steamsona ».

Ce terme apparaît pour la première fois dans La Bible Steampunk de Jeff Vandermeer en 2011 pour la version américaine ( en 2014 pour sa version française aux Editions Bragelonne), pour décrire les personnages créés par les vaporistes mais aussi donner une dimension narrative aux œuvres des artistes, un univers, une mythologie afin de mieux les ancrer dans le réel.

La steamsonnalité apparaît alors à la fois comme une expression artistique de notre propension à vouloir s’intégrer dans le monde du steampunk, mais aussi une forme d’évolution du Cosplay qui jusque là se contentait d’imiter un personnage existant. Désormais, le vaporiste invente une deuxième personnalité qui le plus souvent comporte une histoire et un imaginaire cohérent.

Cependant, si un mot tel a été inventé, serait-ce pour différencier à la fois notre personnalité en tant que telle de notre « steamsonnalité » transmise à notre « personnage vaporiste » ?

Doit-on se créer un personnage fictif pour mieux vivre l’expérience steampunk ?

Peut-on être vaporiste et ne pas se costumer, ni avoir de steamsonnalité? 

Et d’ailleurs, le mouvement steampunk se réduit-il aux costumes et aux steamsonnalités ?

Telles sont les  questions que nous avons posées à cinq vaporistes et que nous vous posons aussi si vous souhaitez y répondre, en commentaire de cet article :


Photo par Focale 2.8/ A. Heymans , Modèle : Pedro de La Vega

Pedro De La Vega

 Informaticien

Selon moi, il n’est pas nécessaire de se créer une steamsonnalité pour apprécier le mouvement Steampunk. Il est inutile par exemple d’être quelqu’un d’autre pendant la lecture ou la contemplation d’un film steampunk. Mais j’admets que ce serait classe de le faire en costume 😀 !

Et justement, si on souhaite porter un costume je recommande chaudement de se créer une steamsonalité ou dans une moindre mesure se choisir un métier. Ça permet d’avoir un fil rouge dans la composition et de sortir vraiment du lot parmi tous les Dandys et Gente Dame.

Après avoir une steamsonalité tout en gardant sa propre personnalité est tout à fait possible, d’ailleurs je ne crois pas connaitre des gens qui sont vraiment différents quand ils sont en tenue.

De manière générale, la passion du Steampunk est à l’image de son mouvement, elle acquiert de nombreux visages et vouloir imposer trop de choses est un non-sens.

Peut-on être vaporiste et ne pas se costumer, ni avoir de steamsonnalité?  Question délicate, déjà peut-on avoir une steamsonalité sans se costumer ?

Mais pour répondre à la première question je pense que non. Si on aime le mouvement, qu’on le lit, qu’on le regarde ou autre, mais sans porter un costume aussi modeste soit-il, alors on est fan de steampunk mais pas vaporiste.

Je précise que cette affirmation n’engage que moi et je lève mon protectron magnétique contre la volée de commentaires désapprobateurs que je risque de ce recevoir .

Pour ma part, la steamsonnalité s’est « développée » après voir commencé mon costume. Depuis les idées pour le compléter fusent comme les balles de la gatling de Richard Jordan !

Si le mouvement steampunk se réduisait aux costumes et aux steamsonnalités, cela voudrait dire que le mouvement se réduit aux vaporistes.

Pourtant, de nombreuses personnes connaissent le steampunk sans mettre un nom au mouvement.

Il suffit de leur expliquer un peu et on a droit à « Mais oui c’est comme dans La Ligue des Gentlemans Extraordinaire » ou « J’ai joué à Bioshock ».

Il existe romans, films, séries, jeux vidéo steampunk. Même de la musique apparemment. Donc non le mouvement steampunk ne se réduit pas qu’aux costumes et aux steamsonnalités.

Je trouvais important à signaler que je découvre le terme de steamsonalité avec ce questionnaire :D.


Modèle : L’oiseau de La pluie / Photo par : Flo Delabioteam / Maquillage : MakeUpOnaTime / Holster par : The Frozen Joke

L’oiseau de la Pluie

  Costumière

D’après moi, il n’y a pas de « on doit », c’est un choix personnel.

Ah si, « on doit » faire ce qui nous plaît ! Certains se contentent de lire de la littérature steampunk, d’autres d’écouter de la musique, d’autres encore de regarder les illustrations ou les costumes. Ce n’est pas du tout une obligation : à chacun de décider sa manière d’apprécier le mouvement.

Ce qui est intéressant à relever, c’est l’aspect immersif du mouvement, cette création d’un personnage.

Ma vision du steampunk est assez mélancolique. On s’imagine notre monde tel qu’il aurait pu être, et je trouve que c’est souvent assez « barré », complètement exubérant ! Une des premières images que j’ai pu voir et qui m’a fait adorer l’univers, c’était une illustration d’une femme en tournure qui chevauchait un dragon !

Cela permet de sortir de notre quotidien et surtout d’oublier notre monde réel, avec les incertitudes de notre société : les grands chamboulements politiques, les catastrophes climatiques, les guerres, le chômage, l’avenir incertain… Et j’en passe. Ainsi donc cette volonté de se créer un personnage est une sorte d’échappatoire. On peut être qui on veut, à l’instar des jeux de rôles qui sont également de plus en plus populaires.

Je pense qu’on peut tout à fait être vaporiste sans se costumer ni avoir de steamsonnalité.

C’est un mouvement vaste, qui touche la littérature, la musique, les arts graphiques, le bricolage… même s’il est devenu populaire par son esthétique ces derniers temps, ce qui a permis de toucher un public plus large (puisqu’à l’air du numérique ce sont les images qui marquent le plus, on peut d’ailleurs le voir sur Facebook où les statistiques indiquent qu’un post avec image est plus lu qu’un texte seul).

Chaque personne vit sa passion à sa manière, le costume est seulement un des multiples aspects de cet univers, faisant partie de l’esthétisme globale et donnant vie, dans certains cas, à des « steamsonnalités ». (Pour résumer : Steampunk > Esthétique > Costumes > Personnages).

Et non, le mouvement ne se réduit pas aux costumes et encore moins aux steamsonnalités. D’ailleurs j’ai l’impression que le phénomène de se créer un personnage n’est pas si vieux que ça. Et on se créé un personnage dans un univers qui existe depuis très longtemps (exemple : Jules Verne, certes à l’époque ce n’était pas considéré comme du Steampunk mais il est quand même une figure de référence) donc ça démontre bien que ce n’est pas nécessaire.

Le Steampunk, c’est le Monde dans une autre Histoire.


Photo par Aude Cenga/ Modèle : Bertrand Campeis

Bertrand Campeis

  Guide de l’Uchronie (Ed. ActuSF)

Doit on se créer une steamsonalité ou garder son identité réelle pour apprécier le mouvement steampunk ?

Tout dépend de ce que l’on recherche à mon avis : on peut tout à fait graviter dans le milieu en étant soi-même, venir sans dress code, écouter les Steamers parler de leur hobby, leurs bricolages et du personnage qu’ils se sont créés et qu’ils développent patiemment. Puis décider de rentrer dans la danse.

Ou tout simplement devenir le héros de sa propre histoire juste pour le plaisir : ce côté jeu de rôle rajoute du piquant, voire du liant, quand on partage cela avec d’autres personnes. Pour moi le plus important est de venir avec la notion de partage et de curiosité.

On peut complètement être vaporiste et ne pas avoir de costume ni de steamsonnalité. L’important c’est d’être soi-même et à l’aise avec ce que l’on fait, dit, ressent.

Le mouvement steampunk ne se réduit pas aux costumes ou aux steamsonnalités. Réduire un mouvement à la pratique d’un art costumé, fut-il splendide, c’est l’enfermer dans une case alors que le but est justement de s’en affranchir.

Le Steampunk c’est entrer dans un monde de l’imaginaire, que l’on côtoie souvent depuis son enfance, afin d’être soi. C’est un monde vaste, que l’on retrouve dans des romans, des films, des dessins animés… où en bricolant chez soi en aménageant son intérieur à la manière d’un décor néo-victorien ou années folles. À mes yeux c’est une forme de parcours initiatique pour se (re)découvrir. S’émerveiller. Et réenchanter sans cesse son quotidien.


Photo par Ness Lefebvre/ Modèle : Amiral Optopus

Amiral Optopus

Fabricant de miroirs déformables. 

Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de différencier steamsonnalité et identité propre pour apprécier le mouvement steampunk. Le jeu de rôle que cela entraîne n’intéresse pas forcément tout le monde. Le fait de porter un costume nous fait forcément un peu jouer un rôle, et comme au théâtre, il est plus facile d’interpréter un personnage assez éloigné de ce qu’on est vraiment.

Personnellement j’aime bien avoir l’air sérieux, droit, charismatique, méchant en photo pour les shooting ou simplement en prenant la pose en convention car ce sont souvent les types de costumes que je porte (militaire, voyou, dandy) et que j’aime porter, mais le masque tombe vite une fois qu’on croise des copains ! ^^

Pour ce qui est de créer un background à son costume, ce n’est vraiment pas nécessaire je trouve, ou seulement pour le ou les costumes qui nous tiennent particulièrement à cœur !

Je commence à amasser pas mal d’accessoires et de pièces de costume et souvent je mixe le tout pour faire des « nouveaux » personnages mais je ne m’amuse pas à créer un univers pour chacun ! Au mieux je dis  « lui c’est un aviateur, lui c’est un photographe reporter, lui c’est un lord anglais, etc. » C’est juste histoire d’avoir un costume un peu différent à chaque sortie.

Seul deux de mes costumes ont un personnage vraiment associé et qui souvent évolue avec les améliorations apportées au costume lui-même !

Certains puristes pourront vous dire que c’est obligatoire.  Mais selon moi,  il faut le faire si on en a envie et surtout ne pas trop se prendre la tête ! Cela doit rester un loisir !

Il est possible d’être vaporiste et de ne pas aimer se costumer ou avoir de steamsonnalité. Plusieurs personnes que j’ai rencontrées en convention ou salon n’arboraient pas de costume particulier, mais se revendiquent tout de même vaporistes. Souvent, ce sont des personnes qui créent du contenu steampunk : photographes, romancier, illustrateur, producteurs de boissons alcoolisées ou artisans (même si ces dernier portent souvent au moins leurs créations).

Si le mouvement steampunk se réduit aux costumes et aux steamsonalités…? Oui et Non.

Oui, car pour beaucoup de personnes (dont moi), ce qui attire vers le mouvement c’est l’esthétique steam et ses costumes aussi classes que farfelus !

Et non, car à la base, le mouvement est plutôt littéraire. Et comme pour la question précédente, certains ne s’intéressent pas à la partie costume du steampunk car ils ne veulent pas investir de temps et d’argent dedans, ne se sentent pas capable d’interpréter un personnage ou n’aiment pas être pris en photo ou toutes sorte de raisons qui les regardent !

Et malheureusement oui, encore à cause de la « Mode » qui nous a apporter son lot de déguisements estampillés steampunk pour Halloween dernier et qui réduit le mouvement au grand public à des robes ouvertes devant avec serre taille pour les filles, des manteaux longs avec haut de forme pour les mecs, et des engrenages collés un peu partout… alors que c’est tellement plus grand que ça !


Photo par Anaïs Nannini / Costume : Juliette Flambard/ Chapeau : Esprit de Mélusine/ Collier : Lady Cataclysm/ Modèle : Miss Chatterton

Miss Chatterton

Bibliothécaire ( de l’extrême)

Pour ma part,  je dirais qu’on peut différencier steamsonnalité et personnalité pour des raisons pratiques.

Je m’explique : depuis peu, j’ai lancé ma page personnage concernant ma steamsonnalité : Miss Chatterton, Bibliothécaire de l’extrême.

D’abord, pour différencier ma vie personnelle de ma vie de vaporiste car je n’ai pas que le steampunk comme passion dans la vie.

Mais aussi parce que je voulais  donner une dimension propre à mon personnage, inventer son histoire sous forme de blog-roman photo. C’est devenu un projet d’écriture, une forme artistique.

Miss Chatterton a un passé, un look identifiable, vit des aventures. C’est une manière pour moi de m’évader dans un monde imaginaire en me glissant dans la peau de quelqu’un d’autre, un peu comme une comédienne enfilerait un personnage avant de monter sur scène.

Car après tout, ne sommes nous pas dans la représentation dans le Steampunk ? L’image ne prévaut-elle pas sur le reste ? Et pourquoi ne pas en jouer si c’est le cas ?

Cependant, c’est une démarche personnelle qui n’engage que moi. J’avoue que je ne suis pas la seule vaporiste à procéder de la sorte : d’autres que moi ont crée une page personnelle différenciée de celle de son personnage pour les mêmes raisons, ou encore pour avoir un lieu d’expression à partager, comme les modèles photo par exemple.

Ceci dit, il est tout à fait possible d’apprécier le steampunk sans passer par la case steamsonnalité.

J’avoue que ce serait très drôle à concevoir : un jeu de rôle géant à chaque apéristeam ou chaque convention avec des vaporistes. Je rêve d’une murder party steampunk où chacun, le temps d’une soirée jouerait sa steamsonnalité.

Mais pour combien de temps? Un comédien doit se reposer aussi. A moins d’une performance artistique à vivre au quotidien, ce serait impossible de vivre tout le temps dans la peau de quelqu’un d’autre. Notre personnalité initiale reprend tôt ou tard ses droits.

Si l’on réduisait le mouvement aux costumes et aux steamsonnalités, non seulement le steampunk deviendrait de plus en plus une secte, mais aussi un lieu qui n’existe que par ses propres codes et empêche tout apport extérieur. Ce serait le tuer dans l’oeuf !

Par ailleurs, certains artistes ou créateurs se sont déclarés comme « steampunk » quand ils ont découvert l’existence du mouvement. Auparavant, ils ignoraient qu’ils « étaient » vaporistes. La plupart avaient un univers bien à eux et pas forcément de steamsonnalité. Je pense à Jake Von Slatt, créateur steampunk, fondateur du site Steampunkworkshop.com  Il n’a pas de steamsonnalité et pourtant apporte beaucoup au mouvement par ses créations rétro qu’il définit comme la rencontre entre la technologie et la romance.

C’est ce qui fait la force de l’esthétique steampunk d’ailleurs : embrasser plusieurs cultures et autres mouvements pour réunir des gens différents autour d’un univers commun.

Il n’empêche que, depuis la démocratisation de l’esthétique steampunk auprès du grand public, tels que les parcs d’attraction ou les déguisements d’Halloween pour reprendre les propos de l’Amiral Optopus, j’ai l’impression que l’aspect visuel du mouvement prédomine plus que jamais au détriment de son contenu. Je trouve cela très dommage car il y a tant à construire encore !

Se créer une steamsonnalité, c’est pour moi un moyen de sortir de ces cases imposées par notre société, et de privilégier l’imagination à la consommation. Une forme de rebellion en somme.

Sans vouloir être hypocrite, cette passion ne m’empêche pas de consommer pour autant. Mais je privilégie dans ce cas de faire appel à des artisans ou des créateurs pour ce qui est de mon costume par exemple, ou de fabriquer moi-même des accessoires. C’est un moyen de faire marcher l’économie autrement.

Quant à garder ma personnalité au sein du mouvement, je ne l’ai jamais vraiment perdue. Ma steamsonnalité est basée sur ma propre personnalité mais en plus barrée et plus loufoque. Je ne tiens jamais bien longtemps un rôle. Je suis même une vraie bibliothécaire IRL, pour dire à quel point la frontière est mince.

Si je devais conclure sur ce débat, je dirais qu’être Steampunk, c’est un état d’esprit, cela va au-delà d’un mouvement. Donc cela ne se réduit pas à un costume ni à une steamsonnalité. Alors, vivez votre vie comme vous l’entendez, bordel !


Vous aussi, participez à la discussion en nous laissant votre point de vue en commentaire de cet article. On ne mord pas et on ne bave pas non plus ! 🙂

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Retrouvez notre première interview de vaporistes sur le costume steampunk en cliquant ici. D’autres sujets sont à venir pour recueillir vos témoignages concernant le mouvement steampunk dans son ensemble.

 

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Serial Shoppeuse et lectrice invétérée, je combine mes deux passions pour permettre aux vaporistes débutant de dénicher le costume de leurs rêves ou de découvrir un roman steampunk particulièrement intéressant.

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