Terra Prohibita, tome 3 – Ground Zero : le steampunk végétal au bord du chaos

Banner_TERRA PROHIBITA

La nature a repris ses droits, mais l’humanité n’a pas dit son dernier mot. Avec Terra Prohibita – Tome 3 : Ground Zero, le scénariste Denis-Pierre Filippi et le dessinateur Patrick Laumond poursuivent leur exploration d’un monde bouleversé par une mutation biologique. Dans cette Angleterre devenue hostile, la végétation prolifère, les créatures mutantes se multiplient et les derniers survivants tentent de comprendre les origines d’une catastrophe qui a transformé leur existence.

Publié chez Glénat, ce troisième volume promet une aventure où la science devient une arme, où les alliances se nouent au cœur du danger et où la frontière entre le vivant et le monstrueux semble avoir disparu. Un terrain de jeu idéal pour un récit qui mêle science-fiction, post-apocalyptique et steampunk.

Cependant, Ground Zero est aussi un album qui demande de l’attention : pour en saisir pleinement les enjeux, mieux vaut connaître les deux premiers tomes.

Une Angleterre dévorée par la végétation

Le point de départ de Terra Prohibita repose sur une idée aussi fascinante qu’inquiétante : une mutation biologique a transformé l’Angleterre en une jungle hostile, obligeant ses habitants à fuir. La nature, loin d’être un simple décor, devient une force capable de menacer chaque forme de vie humaine.

Dans ce troisième tome, Cynthia Allister et Garett, respectivement biologiste et zoologue américains, sont recrutés par leur gouvernement pour reprendre une enquête menée par les services secrets. Leur mission est claire : retrouver les secrets à l’origine de la contamination.

Mais rien ne se déroule comme prévu. Après avoir recruté la journaliste Valérie Kerveillan et retrouvé Melville et Clive, d’anciens compagnons, les deux scientifiques pénètrent dans une zone contaminée. Leur objectif : retrouver Dorian Singer, un scientifique de génie dont les recherches pourraient détenir une partie des réponses.

Or, dans cet environnement où la végétation semble avoir échappé à tout contrôle, chaque découverte risque de bouleverser davantage encore les certitudes des protagonistes.

Le steampunk végétal, une identité visuelle singulière

L’un des principaux attraits de Terra Prohibita réside dans son univers graphique et dans son mélange des genres. Le steampunk est traditionnellement associé aux machines à vapeur, aux engrenages, aux dirigeables et à une esthétique industrielle inspirée du XIXe siècle. Ici, l’imaginaire prend une direction différente : la nature mutante et les formes organiques occupent le premier plan.

Ce steampunk végétal constitue une piste particulièrement intéressante. Il fait cohabiter les avancées scientifiques, les vestiges de la civilisation et une nature devenue incontrôlable. Le résultat donne naissance à un monde où la technologie ne suffit plus à protéger l’être humain.

Le dessin de Patrick Laumond accompagne cette vision avec des compositions spectaculaires et des paysages qui oscillent entre beauté et menace. La végétation envahissante, les créatures mutantes et les décors dévastés donnent au récit une dimension visuelle forte.

L’ensemble évoque un univers dans lequel la catastrophe n’a pas seulement détruit le monde connu : elle en a aussi fait émerger un autre, régi par des règles encore largement inconnues.

Une enquête scientifique au cœur de l’apocalypse

Avec Ground Zero, Denis-Pierre Filippi construit son intrigue autour d’une question centrale : comment une mutation biologique a-t-elle pu transformer une région entière en territoire hostile ?

L’enquête menée par Cynthia et Garett donne au récit une dimension de thriller scientifique. Les personnages doivent remonter jusqu’aux origines de la contamination, tout en composant avec les dangers d’un environnement qui semble évoluer selon ses propres lois.

À cela s’ajoutent les rivalités entre les différents protagonistes. Des intérêts gouvernementaux aux recherches scientifiques, en passant par les ambitions personnelles, chacun paraît poursuivre un objectif qui ne coïncide pas nécessairement avec celui des autres.

Cette multiplicité des enjeux nourrit le suspense. Toutefois, elle suppose également que le lecteur parvienne à situer les personnages, leurs relations et les événements qui les ont conduits jusqu’ici.

Un troisième tome qui nécessite de connaître les précédents

C’est sans doute le principal point de vigilance de cet album. En abordant directement le troisième volume sans avoir lu les deux premiers, certains éléments de l’intrigue restent difficiles à saisir.

Les personnages sont déjà engagés dans une histoire qui les dépasse, les relations semblent parfois établies depuis longtemps et plusieurs enjeux sont présentés sans que toutes leurs implications soient immédiatement évidentes. On comprend la mission, la menace et la nécessité de retrouver Dorian Singer, mais certains liens narratifs manquent de contexte pour que l’ensemble prenne pleinement son sens.

Cette impression ne signifie pas que le récit est incompréhensible. L’intrigue principale reste identifiable et l’univers conserve son pouvoir d’attraction. Néanmoins, le lecteur qui découvre la série avec Ground Zero risque de connaître quelques zones d’ombre, notamment lorsqu’il s’agit de comprendre l’évolution des personnages et les événements antérieurs.

Un conseil s’impose donc : commencer par les deux premiers tomes. Cette lecture préalable devrait permettre d’apprécier davantage la progression de l’histoire, de mieux comprendre les motivations de chacun et de mesurer la portée des révélations de ce troisième volume.

Science-fiction et post-apocalyptique : un monde où la survie devient un art

Au-delà de son enquête, Terra Prohibita s’inscrit dans une tradition fertile de la science-fiction post-apocalyptique : celle qui imagine les conséquences d’une rupture de l’équilibre naturel.

La contamination biologique constitue ici le moteur du récit. Elle transforme les paysages, bouleverse les rapports de force et oblige les humains à repenser leur place dans un monde qui ne leur appartient plus vraiment.

Cette idée rejoint l’un des ressorts les plus efficaces du genre : l’apocalypse n’est pas nécessairement synonyme de disparition totale. Elle peut aussi donner naissance à un nouvel ordre, dans lequel les anciennes connaissances ne suffisent plus et où la survie exige de comprendre un environnement devenu imprévisible.

Le récit ouvre ainsi des perspectives intéressantes sur la relation entre science et responsabilité. Lorsque la recherche devient un enjeu politique et que ses conséquences échappent à tout contrôle, la quête de vérité peut-elle encore être dissociée de la lutte pour le pouvoir ?

C’est dans cette tension que Ground Zero trouve une partie de son intérêt.

Notre avis : un univers prometteur, à découvrir dans son ensemble

Avec Terra Prohibita – Tome 3 : Ground Zero, Denis-Pierre Filippi et Patrick Laumond développent un univers de science-fiction qui se distingue par son mélange de catastrophe biologique, d’enquête scientifique et de végétation mutante. L’identité visuelle de la série constitue un véritable atout, tandis que le concept de steampunk végétal lui apporte une couleur particulière.

La richesse de cet univers s’accompagne toutefois d’une exigence narrative. En découvrant la série par ce troisième tome, on peut suivre les grandes lignes de l’intrigue sans toujours en saisir toutes les ramifications. Les personnages et leurs relations gagneraient à être replacés dans le parcours des volumes précédents.

L’album donne donc surtout envie de revenir au commencement pour comprendre comment ce monde a basculé et comment ses protagonistes en sont arrivés là.

Au final, Ground Zero s’adresse avant tout aux lecteurs déjà engagés dans la série. Pour les autres, les deux premiers tomes semblent constituer un passage presque indispensable afin de profiter pleinement de cette aventure post-apocalyptique.

Terra prohibita – Tome 03

Fiche de l’album

  • Titre : Terra Prohibita, tome 3 – Ground Zero
  • Scénario : Denis-Pierre Filippi
  • Dessin : Patrick Laumond
  • Éditeur : Glénat
  • Genre : science-fiction, post-apocalyptique, steampunk
  • Format : album couleur, 24 × 32 cm
  • Pagination : 48 pages
  • Prix annoncé : 15 €
  • Parution : 2 septembre 2026
A propos de Franckyfreak 104 Articles
Président d'honneur et co-fondateur de l'association French Steampunk